
Le Général Diarra Camara était un officier supérieur guinéen qui a marqué l'histoire militaire de son pays en tant que dernier chef d'état-major général des armées sous le régime du Président Lansana Conté jusqu'en décembre 2008. Originaire de Balladou, un village près de Macenta dans la région forestière, il s'est distingué par sa loyauté, sa discrétion et son professionnalisme au cours d'une carrière militaire de plus de quatre décennies. Suite au coup d'État du CNDD après la mort de Conté, il fut mis à la retraite forcée puis arrêté en 2009 dans le cadre d'une campagne contre le trafic de drogue, avant d'être libéré provisoirement en 2010.
Réhabilité en 2022 par le Général Mamadi Doumbouya qui le nomma au Conseil national de l'ordre du mérite, il était le père du Général Amara Camara, actuel Secrétaire général de la Présidence de la République guinéenne. Décrit comme un homme humble, sage et rassembleur, respectueux des valeurs traditionnelles et religieuses, le Général Diarra Camara est décédé le 9 février 2024 à Tunis, laissant derrière lui une veuve et sept enfants, ainsi que l'image d'un officier intègre qui a servi sa nation avec dévouement malgré les soubresauts politiques.
Introduction
Le Général Diarra Camara, figure emblématique de l'armée guinéenne et dernier chef d'état-major général des armées sous le régime du Président Lansana Conté, a marqué l'histoire militaire de la Guinée par sa loyauté, son dévouement et son professionnalisme. Sa vie, jalonnée de moments de gloire mais aussi d'épreuves difficiles, témoigne des soubresauts politiques qu'a connus ce pays d'Afrique de l'Ouest au cours des dernières décennies.
Origines et racines
Originaire de Balladou, un village situé à environ 12 kilomètres de Macenta dans la région forestière de Guinée, Diarra Camara était profondément ancré dans la culture et les traditions de la communauté Konia. Ce lien avec ses origines a façonné sa personnalité et ses valeurs tout au long de sa vie. Sa famille était respectée dans la région, et il a toujours maintenu des relations étroites avec sa communauté d'origine, même au sommet de sa carrière militaire.
Une carrière militaire exemplaire
Le parcours militaire du Général Diarra Camara s'étend sur plus de quatre décennies au service de la République de Guinée. Réputé pour son professionnalisme, sa discrétion et sa loyauté indéfectible, il a gravi progressivement les échelons de la hiérarchie militaire pour atteindre le sommet de l'armée guinéenne.
L'apogée de sa carrière survient lorsqu'il est nommé chef d'état-major général des armées sous la présidence du Général Lansana Conté, poste qu'il occupe jusqu'au décès de ce dernier en décembre 2008. Dans cette fonction stratégique, il s'est distingué comme un officier "affable, taiseux et très loyal", selon les témoignages de ses collaborateurs.
La chute et les épreuves
La carrière du Général Diarra Camara connaît un tournant brutal avec le coup d'État militaire du 23 décembre 2008, au lendemain du décès du Président Lansana Conté. Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), dirigé par le capitaine Moussa Dadis Camara, prend le pouvoir et met fin abruptement à ses fonctions en le contraignant à la retraite.
Les épreuves du Général Diarra ne s'arrêtent pas là. En février-mars 2009, dans le cadre d'une vaste campagne de lutte contre le trafic de drogue lancée par la junte militaire, il est arrêté avec plusieurs autres hauts responsables militaires et policiers. Initialement détenu au camp Alpha Yaya Diallo, siège de la junte, il est ensuite transféré à la prison civile de Conakry.
Ces accusations interviennent dans un contexte où la Guinée était devenue un important pays de transit pour la cocaïne en provenance d'Amérique du Sud vers l'Europe. Après plus d'un an de détention, le 25 mars 2010, le Général Diarra Camara et six autres officiers bénéficient d'une mise en liberté provisoire, la justice estimant que "leur place n'est pas dans le cachot", selon les propos de leur avocat, Me Salifou Béavogui.
Réhabilitation et dernières années
Après sa libération, le Général Diarra Camara choisit de se retirer de la vie publique, préférant vivre dans la discrétion plutôt que de chercher à faire reconnaître publiquement son innocence. Cette période difficile est marquée par sa résilience et sa dignité face à l'adversité.
La roue du destin tourne cependant en sa faveur avec l'arrivée au pouvoir du Général Mamadi Doumbouya le 5 septembre 2021, à la suite d'un nouveau coup d'État. Le nouveau chef de l'État guinéen, qui vouait un grand respect au Général Diarra, entreprend sa réhabilitation en le nommant, le 27 juillet 2022, membre du Conseil national de l'ordre du mérite de la grande Chancellerie de Guinée, une fonction qu'il occupera jusqu'à son décès.
Cette nomination témoigne de la reconnaissance des services rendus à la nation par cet officier de haut rang et marque symboliquement son retour en grâce. Le Général Diarra Camara retrouve ainsi une position honorable au sein des institutions de la République.
Vie familiale et héritage
Le Général Diarra Camara était père de sept enfants, dont quatre filles. Parmi ses fils figure le Général Amara Camara, qui a suivi les traces de son père dans la carrière militaire et occupe actuellement le poste stratégique de ministre Secrétaire général de la Présidence de la République sous le régime du Général Mamadi Doumbouya.
Selon les témoignages de ses proches, notamment de Mamady Kemo Condé, son fils adoptif, le Général Diarra était un "père modèle" qui a "su entretenir et unir toute la famille". Il est décrit comme un homme humble, sage et bienveillant, "qui n'a pas voulu faire pleurer quelqu'un" et "qui n'a pas voulu le péché même du plus petit de la famille".
Un homme de valeurs
Les nombreux hommages rendus après son décès dépeignent unanimement le Général Diarra Camara comme un homme de principes et de valeurs. Le président Mamadi Doumbouya a salué en lui "un valeureux officier qui a été au service de sa Nation avec dévouement et patriotisme".
Elhadj Sékou Legrow Camara, parent et collaborateur du défunt, a souligné son patriotisme et son esprit rassembleur: "Avec courage et détermination, le général Diarra a servi la Nation guinéenne avec la plus grande attention."
Le président du Conseil national de la transition, Dr Dansa Kourouma, a évoqué un homme qui a "défendu, aimé et protégé" la Guinée, "pour laquelle il a fait tomber plusieurs gouttes de salive et de sang".
Derniers moments et obsèques
Le Général Diarra Camara s'est éteint dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 février 2024 à Tunis, où il était hospitalisé pour des soins médicaux. Sa dépouille a été rapatriée en Guinée le samedi 10 février.
Ses funérailles, à la hauteur du personnage qu'il était, ont mobilisé de nombreuses personnalités civiles et militaires. Le cortège funèbre s'est rendu dans son village natal de Balladou, à une douzaine de kilomètres de Macenta, où il a reçu les hommages dignes d'un Chef Coutumier du pays Konia.
La prière mortuaire a été dirigée par le grand Imam de la mosquée Fayçal de Conakry, El Hadj Mamadou Saliou Camara, qui a tenu à témoigner sur "ce Chef militaire qui était respectueux des valeurs humaines et religieuses". Le Général Diarra Camara a été inhumé dans l'enceinte de la mosquée de son village natal, rejoignant ainsi sa dernière demeure au cœur de cette terre guinéenne qu'il avait servie avec abnégation tout au long de sa vie.
Un héritage durable
Le Général Diarra Camara laisse derrière lui l'image d'un officier intègre et loyal, qui a traversé avec dignité les vicissitudes de l'histoire politique guinéenne. Sa carrière militaire exemplaire et son attachement aux valeurs traditionnelles en font une figure respectée aussi bien dans les cercles militaires que dans la société civile guinéenne.
Son fils, le Général Amara Camara, perpétue aujourd'hui son héritage en occupant des fonctions importantes au sein de l'État guinéen. Comme l'a souligné Elhadj Sékou Legrow Camara, "la nouvelle génération doit prendre son exemple de service comme un modèle à suivre, à faire prospérer."
Le parcours du Général Diarra Camara illustre les défis et les épreuves auxquels ont été confrontés les hauts gradés militaires guinéens au gré des changements politiques survenus dans le pays. Sa loyauté indéfectible envers ses supérieurs et sa patrie, sa résilience face à l'adversité et sa dignité dans l'épreuve constituent un témoignage éloquent des valeurs qui ont guidé sa vie et sa carrière.