Le Général Keïta Noumandian fut le père fondateur de l'armée guinéenne et son premier Chef d'État-Major Général de 1958 à 1971. Nommé Secrétaire d'État à la Défense nationale dès le lendemain de l'indépendance le 3 octobre 1958, il créa officiellement les premières unités militaires guinéennes le 1er novembre 1958, formant 737 hommes dont 50 sous-officiers.
Ancien officier de l'armée française ayant rendu d'éminents services, il occupa également les fonctions de Chef d'État-Major Interarmes et Chef du Cabinet Militaire de la Présidence. Malgré son rôle crucial dans la construction de la défense nationale, il fut arrêté en juillet 1971, accusé de haute trahison notamment pour avoir épousé une Française, et fusillé dans la nuit du 29 au 31 juillet 1971 au pied du mont Kakoulima à Conakry, victime de la répression du régime de Sékou Touré qui suivit la tentative de coup d'État de novembre 1970.
Introduction
Le Général Keïta Noumandian demeure une figure emblématique de l'histoire militaire guinéenne, reconnu comme l'un des pères fondateurs de l'armée nationale. Officier français avant l'indépendance, il a rendu d'éminents services sous le drapeau tricolore avant de consacrer ses compétences à la jeune République de Guinée. Dès le lendemain de la proclamation d'indépendance, le 3 octobre 1958, le Président Sékou Touré le nomme Secrétaire d'État à la Défense nationale, un poste stratégique rattaché directement à la Présidence de la République.
La Création de l'Armée Guinéenne
Le 1er novembre 1958, date historique pour la Guinée indépendante, le Capitaine Noumandian Keita accomplit une mission d'envergure en formant les premières unités de l'armée guinéenne. Ces contingents initiaux comptaient 737 hommes, dont 50 sous-officiers et 687 hommes de rang, répartis en 75 caporaux-chefs, 135 caporaux et 477 soldats. Ces premières unités furent placées sous la responsabilité des adjudants Toya Condé, Aboubacar Tounkara et Amadou Oulare, marquant ainsi la naissance officielle de la force armée nationale.
Après avoir mis en place cette structure militaire fondamentale, la Guinée négocia avec la France le retour de plusieurs soldats guinéens servant dans l'armée française. Ces militaires aguerris rentrèrent à Conakry en trois contingents successifs, respectivement les 22 novembre 1958, 31 décembre 1958 et 18 juillet 1959, renforçant ainsi les capacités de la jeune armée.
Une Carrière Militaire Remarquable
Promu au grade de Général, Noumandian Keita occupa le poste de Chef d'État-Major Général de l'Armée Guinéenne de 1958 à 1971, soit pendant treize années cruciales. Il fut également Chef d'État-Major Interarmes et Chef du Cabinet Militaire de la Présidence de la République, démontrant la confiance que lui accordait le régime. Son rôle dans la structuration et l'organisation des forces armées guinéennes fut déterminant pour l'établissement d'une défense nationale crédible dans les premières années de l'indépendance.
Une Destinée Tragique
La vie du Général Noumandian Keita bascula dramatiquement en 1971. Mis à la retraite le 5 juillet, il fut arrêté le lendemain pour "haute trahison et complicité avec l'ennemi", puis radié des cadres de l'armée. Les dates exactes de son arrestation varient selon les sources, mentionnant le 24 mai, juillet ou le 7 juillet 1971. Son mariage avec une Française, considéré comme suspect dans le climat de paranoïa qui régnait alors en Guinée, constitua l'un des griefs retenus contre lui.
Le 29 juillet 1971, l'ancien Général fit son autocritique sur les antennes de Radio Conakry, avouant avoir conspiré contre son pays dans le cadre d'un "grand procès populaire". Cette confession, présentée comme ayant été faite "librement", s'inscrivait dans le contexte de terreur qui suivit la tentative de débarquement du 22 novembre 1970 par des opposants au régime, avec l'aide d'éléments de l'armée portugaise.
La Fin d'un Héros National
Le Général Noumandian Keita fut exécuté dans la nuit du 29 au 31 juillet 1971, fusillé au pied du mont Kakoulima à Conakry. Certaines sources précisent la date du 30 juillet 1971. Il fut détenu au tristement célèbre Camp Boiro avant son exécution. Sa mort illustre la brutalité de la répression exercée par le régime de Sékou Touré, qui n'hésita pas à éliminer celui qui avait pourtant fondé l'institution militaire du pays.
Le Général fut condamné à dix ans de prison avant d'être finalement exécuté, victime de la grande peur qui s'était emparée du président guinéen après la tentative de coup d'État. Son crime principal, selon les accusations du régime, fut d'avoir épousé une étrangère blanche, un fait révélateur de la xénophobie et de la paranoïa qui caractérisaient cette période sombre de l'histoire guinéenne.
Aujourd'hui, le Général Noumandian Keita est reconnu comme un héros national, le fondateur de l'armée guinéenne dont l'héritage perdure malgré la tragédie de sa fin. Son nom figure en tête de la liste des dix-neuf Chefs d'État-Major qui se sont succédé à la tête des forces armées guinéennes depuis l'indépendance.