Abdoulaye Sow
Prénom
Abdoulaye
Nom
Sow
Pays de naissance
Guinée

Abdoulaye Sow était une figure emblématique du syndicalisme guinéen, décédé le 2 décembre 2025 à Conakry des suites d'une courte maladie. Professionnel du secteur bancaire, il a consacré sa carrière à la défense des droits des travailleurs en tant que secrétaire général de la FESABAG (Fédération Syndicale Autonome des Banques, Assurances et Microfinances de Guinée), poste qu'il a occupé pendant plusieurs mandats, et comme président de l'USTG (Union Syndicale des Travailleurs de Guinée), fonction à laquelle il a été élu en mai 2025.

Reconnu pour son franc-parler et sa détermination, Abdoulaye Sow a traversé de nombreuses épreuves, notamment une période de division au sein de l'USTG qui l'a opposé à Abdoulaye Camara pendant six ans, avant leur réconciliation historique le 1er mai 2023. Il a également connu la détention en juillet 2022 suite à des poursuites judiciaires, ce qui avait provoqué la fermeture de toutes les banques guinéennes pendant plus d'une semaine en signe de solidarité.

Combattant infatigable pour l'amélioration des conditions de vie des travailleurs et le respect de la liberté syndicale, Abdoulaye Sow laisse derrière lui un héritage marqué par son engagement pour l'unité du mouvement syndical guinéen et sa défense acharnée des intérêts de la classe ouvrière.

Introduction

Abdoulaye Sow restera dans l'histoire de la Guinée comme l'une des voix les plus influentes du mouvement syndical contemporain. Décédé le 2 décembre 2025 à la Clinique Ambroise Paré de Conakry des suites d'une courte maladie, ce leader charismatique a consacré sa vie à la défense des droits des travailleurs guinéens.

Parcours et engagement syndical

Professionnel du secteur bancaire de formation, Abdoulaye Sow s'est distingué par son engagement précoce dans le mouvement syndical. Sa carrière dans le syndicalisme s'est principalement articulée autour de deux structures majeures : la Fédération Syndicale Autonome des Banques, Assurances et Microfinances de Guinée (FESABAG) et l'Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG).

À la tête de la FESABAG, organisation qu'il a dirigée pendant plusieurs mandats, Abdoulaye Sow a été réélu pour un troisième mandat de cinq ans lors du sixième congrès électif tenu en novembre 2021 dans les locaux de la Banque centrale. Cette réélection sans opposition témoignait de la confiance que lui accordaient les travailleurs du secteur financier. Le syndicaliste avait alors obtenu un soutien quasi unanime, déclarant fièrement que même dans un scrutin plus large, il aurait recueilli 99,99% des voix.

Leadership à l'USTG et gestion des conflits internes

L'engagement d'Abdoulaye Sow au sein de l'USTG fut marqué par une période de tensions internes qui ont divisé la centrale syndicale pendant plusieurs années. Élu secrétaire général de l'USTG lors d'un congrès tenu à Conakry, il s'est retrouvé en opposition avec Abdoulaye Camara, également élu à l'issue d'un congrès parallèle organisé à Mamou. Ce bicéphalisme a créé une fracture profonde au sein du mouvement syndical guinéen.

En octobre 2021, la Cour d'appel de Conakry a rendu une décision favorable à Abdoulaye Camara dans ce contentieux. Malgré ce revers judiciaire, Abdoulaye Sow a continué son combat syndical, démontrant sa résilience et son attachement à la cause des travailleurs. Il a toujours exprimé sa volonté de réconciliation, déclarant en janvier 2021 être prêt à quitter le navire syndical si sa personne constituait le problème, privilégiant l'intérêt collectif à son ego personnel.

La réconciliation tant attendue s'est finalement concrétisée le 1er mai 2023, lors de la fête internationale du travail. Main dans la main, le poing levé, Abdoulaye Sow et Abdoulaye Camara ont enterré la hache de guerre, marquant le retour de l'unité au sein de l'USTG. Cette union retrouvée a été saluée comme un moment historique, rappelant les grandes mobilisations syndicales de 2006, 2007 et 2009.

Le couronnement de cette réconciliation est intervenu le 22 mai 2025, lors du septième congrès extraordinaire de l'USTG tenu sous le thème "Dialogue Social et Démocratie Syndicale". Abdoulaye Sow a été élu président de l'USTG, tandis qu'Abdoulaye Camara devenait secrétaire général, mettant fin à six années de division.

Un franc-parler qui dérange

Abdoulaye Sow était reconnu pour son franc-parler et sa capacité à dénoncer sans détour les dysfonctionnements qu'il observait. En septembre 2021, il n'a pas hésité à critiquer ouvertement la CNTG (Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée) dirigée par Amadou Diallo, déclarant que "le temps de la CNTG est terminé". Il accusait cette centrale d'avoir été inféodée au pouvoir précédent et d'avoir trompé les travailleurs sur plusieurs dossiers, notamment celui du prélèvement de 5% sur les salaires des fonctionnaires et la négociation du carburant.

Cette posture critique lui a parfois valu des accusations d'être lui-même à la solde du pouvoir. En juin 2020, Abdoulaye Sow a dû se défendre contre ces allégations, reconnaissant certes des relations personnelles avec le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, mais affirmant que cela n'affectait en rien l'indépendance de l'USTG. Il faisait remarquer que c'était justement "la bande de Mamou" qui avait bénéficié des faveurs gouvernementales, et non sa faction.

Épreuves et détention

L'année 2022 a été particulièrement éprouvante pour le syndicaliste. En juillet, Abdoulaye Sow a été placé en détention à la Maison centrale de Conakry suite à une déclaration de la FESABAG dénonçant une décision de justice concernant Ecobank et Afriland First Bank. Poursuivi pour atteinte au respect dû à la justice, diffamation et injures à l'encontre de l'institution judiciaire, il a passé quatre jours en détention préventive.

Cette arrestation a provoqué une crise sans précédent dans le secteur financier guinéen. Les banques sont restées fermées pendant plus d'une semaine, les employés refusant de reprendre le travail tant que leur leader syndical n'avait pas recouvré sa liberté. Cette mobilisation massive a démontré l'influence et le respect dont jouissait Abdoulaye Sow auprès des travailleurs du secteur financier.

Le 22 juillet 2022, le Tribunal de première instance de Kaloum a infligé une peine de cinq mois d'emprisonnement assortis de sursis au syndicaliste, permettant sa libération immédiate. À sa sortie de prison, Abdoulaye Sow a fustigé le comportement de la justice guinéenne, dénonçant l'arrestation et l'incarcération d'un syndicaliste au 21ème siècle. Il a néanmoins annoncé que les banques reprendraient leurs activités normales dès le 26 juillet 2022.

Cette expérience carcérale a renforcé sa conviction que les syndicalistes devaient être protégés dans l'exercice de leurs fonctions. Lors de la fête du travail du 1er mai 2024, il a plaidé avec véhémence pour le respect de la liberté syndicale en Guinée, déclarant : "Nous ne voulons plus entendre qu'un syndicaliste a été mis en prison. Le syndicaliste n'est pas un ennemi du gouvernement, non un ennemi du peuple."

Relations avec les différents gouvernements

Le parcours d'Abdoulaye Sow a été marqué par des relations complexes avec les autorités politiques guinéennes. En janvier 2019, il menaçait déjà de déclencher une grève générale illimitée si le gouvernement d'Ibrahima Kassory Fofana ne respectait pas le protocole d'accord signé avec le SLECG. Il dénonçait également l'échec de l'inspection générale du travail et promettait d'intégrer son assainissement dans les revendications futures.

Sous la transition militaire dirigée par le CNRD, Abdoulaye Sow a maintenu sa posture revendicative. En novembre 2023, il annonçait que les négociations avec le gouvernement avaient échoué, pointant du doigt la mauvaise foi de la partie gouvernementale qui se cantonnait à proposer une augmentation de 20% alors que les syndicats réclamaient 100%.

À la nomination de Bah Oury comme Premier ministre en février 2024, Abdoulaye Sow a exprimé ses attentes, soulignant que le premier dossier du nouveau chef du gouvernement devrait être de dénouer le différend social entre le gouvernement et le mouvement syndical guinéen.

Violences et défis du syndicalisme

Le parcours d'Abdoulaye Sow n'a pas été exempt de violences. En novembre 2019, il se souvenait avec amertume des agressions dont lui et certains membres de l'USTG-Conakry avaient été victimes le 1er mai 2019 au palais du peuple. Selon ses déclarations, ils avaient été violentés par des syndicalistes qu'il qualifiait de "véreux", soutenus par certains cadres haut placés de l'État. Ces violences avaient même conduit à l'hospitalisation de l'un de ses camarades.

Ces expériences difficiles l'ont amené à plaider constamment pour l'unité du mouvement syndical. Il estimait que seule la solidarité entre syndicalistes pouvait prévenir de telles dérives et permettre au mouvement syndical de jouer pleinement son rôle de défenseur des travailleurs.

Vision et combat pour les travailleurs

Au-delà des querelles internes et des affrontements avec les autorités, Abdoulaye Sow a toujours gardé le cap sur sa mission principale : l'amélioration des conditions de vie et de travail des Guinéens. Dans ses différentes prises de position, il a plaidé pour le renforcement du pouvoir d'achat des travailleurs, l'amélioration de leurs conditions de travail dans tous les secteurs (public, privé et mixte), et la réforme des structures relevant du monde du travail.

À la tête de la FESABAG, il s'était fixé des priorités ambitieuses : organiser des formations pour les travailleurs, assurer leur protection, défendre les entreprises du secteur financier, anticiper les négociations, créer une plateforme au niveau de l'assurance pour les négociations collectives et mettre en place la convention collective des institutions de microfinance de Guinée.

Sa vision du syndicalisme était celle d'un mouvement uni, fort et indépendant, capable de tenir tête aux pouvoirs publics tout en maintenant un dialogue constructif. Il rappelait régulièrement les grandes heures du mouvement syndical guinéen, notamment les mobilisations historiques de 1958, 2006, 2007, 2008 et 2009, périodes durant lesquelles les syndicalistes avaient joué un rôle crucial dans l'histoire politique et sociale du pays.

Héritage et impact

Le décès d'Abdoulaye Sow le 2 décembre 2025 a plongé le monde syndical guinéen dans une profonde tristesse. Figure incontournable du mouvement syndical, il laisse derrière lui un héritage marqué par sa combativité, son franc-parler et son engagement sans faille pour la cause des travailleurs.

Son parcours illustre les défis auxquels font face les syndicalistes en Guinée : divisions internes, pressions politiques, menaces judiciaires, et parfois violences physiques. Malgré ces obstacles, Abdoulaye Sow n'a jamais renoncé à ses convictions, démontrant qu'il était possible de mener un combat syndical authentique et indépendant.

La réconciliation qu'il a réussie avec Abdoulaye Camara et l'unification de l'USTG quelques mois avant sa disparition constituent probablement son plus grand legs au mouvement syndical guinéen. Cette union retrouvée offre aux travailleurs guinéens une voix plus forte et plus crédible pour défendre leurs intérêts.

Abdoulaye Sow restera dans les mémoires comme un homme qui a su allier fermeté et dialogue, intransigeance sur les principes et pragmatisme dans les négociations. Son slogan "Unis, nous pouvons" résonne aujourd'hui comme un testament pour les générations futures de syndicalistes guinéens.