Chebly Hawil (Monsieur Pino)

Chebly Hawil (Monsieur Pino)
Prénom
Chebly
Nom
Hawil
Surnom
Monsieur Pino
Date de naissance
Pays de naissance
Guinée
Ville de naissance
Boké
Nationalité
Guinéenne

Chebly Hawil, plus connu sous le nom de "Monsieur PINO", est une figure emblématique du théâtre guinéen né en 1948 à Boké. D'origine libanaise par son père et métisse peulh par sa mère, il est profondément enraciné dans la culture guinéenne malgré son teint clair qui lui a valu d'incarner souvent les rôles de "colon blanc" dans ses pièces. Ingénieur en génie civil de formation, il a d'abord travaillé dans le secteur de la construction avant de créer sa propre entreprise ECBRE.

Sa carrière théâtrale a véritablement décollé avec la troupe "Pèsè" dans les années 1980, notamment grâce à son rôle mémorable dans "Madègèma" (La plantation de Monsieur PINO). Devenu directeur de la troupe "Pèsè" après le décès d'Alkhaly Mohamed Kéita, cet artiste aux multiples talents est également enseignant et chef de secteur à Ratoma, gérant près de 5000 habitants. À 76 ans, il continue de plaider pour la valorisation de la culture guinéenne et le soutien aux artistes, incarnant la mémoire vivante du théâtre national guinéen.

A lire dans cet article

Introduction

Chebly Hawil, plus connu sous le nom de "Monsieur PINO", est une figure emblématique du théâtre guinéen qui a marqué de son empreinte la scène culturelle du pays. Acteur, comédien et directeur de la troupe théâtrale "Pèsè", cet artiste aux multiples facettes a su conquérir le cœur des Guinéens grâce à son talent incontestable et ses interprétations mémorables.

Origines et jeunesse

Né en 1948 à Boké, Chebly Hawil est issu d'une famille aux racines diverses. Fils de feu Aly Hawil et de feue Mary Kleit, une métisse peulh, il possède des origines libanaises du côté paternel. Du côté maternel, il est petit-fils d'Aissatou Barry et arrière-petit-fils de Fatoumata Binta Barry, toutes deux originaires de Timbo. Comme il aime à le préciser : "Je suis de la 6ème et 7ème génération en République de Guinée. Cela signifie que je suis guinéen puissant 120 fois plus."

Malgré sa peau claire qui lui a valu de jouer souvent les rôles de "colon blanc" dans ses pièces, Chebly Hawil est profondément enraciné dans la culture guinéenne. "J'avoue que j'ai la peau blanche mais je suis guinéen. La preuve en est que mon ancêtre, Aly Hawil a été Chef de Canton ici en Guinée. Moi je suis né et grandi ici. Ma famille maternelle est 100% guinéenne", affirme-t-il avec fierté.

Père de famille accompli, il est marié et père de 12 enfants, dont 8 vivants (5 filles et 3 garçons).

Formation et parcours professionnel

Le jeune Chebly a débuté son éducation par l'école coranique auprès de sa grand-mère, avant de rejoindre son père à Bouramaya-Wassou (Dubréka) pour entamer son école primaire. Il a poursuivi ses études au collège cours technique de Donka, puis s'est spécialisé en Génie-civil, option Bâtiment.

Sa carrière professionnelle s'est d'abord orientée vers le secteur de la construction. Il a travaillé pour plusieurs entreprises privées, notamment la SOGUICO (Société Guinéenne de Construction) et la Société de construction de Raoul Follereau. Au cours de ces années, il a participé à l'implantation de nombreuses infrastructures comme des écoles, des postes de santé et des centres de santé.

Après avoir intégré la fonction publique pendant cinq ans au niveau de l'usine de Sanoya, il a décidé de retourner vers le secteur privé qu'il jugeait plus bénéfique. Cette décision l'a conduit à créer sa propre entreprise appelée "ECBRE" (Entreprise de Construction Bâtiment, Rénovation et Entretien).

Parallèlement à ces activités, Chebly Hawil a également exercé le métier d'enseignant du primaire dans le village de Bouramaya-Wassou pendant trois ans.

Aujourd'hui, en plus de ses activités artistiques, il est chef du secteur Familia du quartier CBA Nord dans la commune de Ratoma, où il gère près de 5 000 habitants.

Une carrière théâtrale riche et diversifiée

L'aventure théâtrale de Chebly Hawil a commencé peu après l'indépendance de la Guinée. "Après l'indépendance, tout le monde était artiste dans ce pays", raconte-t-il. Il a d'abord évolué au sein du Théâtre national de Guinée, où il a partagé la scène avec de nombreux talents comme Mory Condé, feu Marcelin Bangoura, Sam, Roda Fawaz et Docteur Lakiss.

L'une de ses premières expériences marquantes fut sa participation à la pièce intitulée "Thiaroye" ou "L'aube sanglante", une œuvre de la Fédération de Dabola qui avait été primée lors des festivals à Conakry et rejouée au festival de Lagos avec le Théâtre national. En raison de son teint clair, il a toujours été sollicité pour incarner les rôles de colon blanc.

L'aventure "Pèsè" et la consécration avec "Monsieur PINO"

C'est le hasard qui a conduit Chebly Hawil vers la troupe "Pèsè", fondée dans les années 1984-1985 au début de la deuxième république de Guinée. À l'origine, la troupe s'intéressait à son jeune frère, feu Said Hawil, pour jouer le rôle du blanc dans leurs pièces. Ce dernier, n'étant pas familier avec le théâtre, proposa son frère Chebly aux dirigeants de la troupe.

C'est à travers le rôle de "Monsieur PINO" dans la pièce "Madègèma" (également connue sous le nom de "La plantation de Monsieur PINO") que Chebly Hawil a véritablement conquis le public guinéen et a été officiellement recruté au sein de la troupe "Pèsè". Ce rôle est devenu si emblématique que le pseudonyme "Monsieur PINO" a fini par remplacer son véritable nom dans la conscience collective.

"La plantation de Monsieur PINO a été le film qui m'a propulsé, et m'a maintenu au-devant de toutes les scènes. C'est ce film qui m'a rendu célèbre et partout où je passe, ce sont les mêmes acclamations et considérations", se souvient-il avec émotion.

Aux côtés de figures emblématiques comme feu Yakhouba Pèssè, feu Abou Nondifalai, Alkhaly Mohamed Kéita et N'Namina Môdou, il a contribué à baliser la route théâtrale guinéenne avec des œuvres visuelles traditionnelles qui dépeignaient les faits sociaux et mettaient en scène l'histoire de la Guinée.

La troupe "Pèsè" a connu un immense succès auprès du public guinéen, augmentant significativement l'audience de la télévision nationale (RTG) qui, à l'époque, diffusait uniquement en noir et blanc. Leur collaboration avec la RTG a donné naissance à de nombreux films à succès comme "Pèsè", "Lewru Dyèrè", "Nil Palawou", "Benda" et "Sodia".

Direction de la troupe "Pèsè" et défis actuels

Après le décès d'Alkhaly Mohamed Kéita, Chebly Hawil a été nommé directeur de la troupe "Pèsè". Malgré quelques tensions internes qui ont pu surgir, notamment avec Moungame (qu'il a ensuite désigné comme metteur en scène), la troupe a poursuivi ses activités.

Cependant, le théâtre guinéen fait face à de nombreux défis. Chebly Hawil déplore la prolifération des séries étrangères qui envahissent les chaînes de télévision locales : "Cette invasion efface, détruit et tue le cinéma guinéen. C'est une guerre, une bombe lancée à l'endroit du cinéma guinéen."

Il dénonce également la piraterie qui affecte gravement le secteur : "La piraterie est un phénomène nocif pour notre secteur. Nous sommes victimes et nos productions sont piratées au vu et au su de tout le monde. C'est purement et simplement un vol et c'est méchant de leur part."

Malgré ces difficultés, Monsieur PINO reste optimiste et continue de croire en l'avenir du théâtre guinéen. "La troupe Pèssè n'est pas morte. C'est vrai que ça fait un bon moment qu'on a disparu. On était en stand-by mais on vient de reprendre", affirmait-il en 2016.

Héritage et reconnaissance

Bien que Chebly Hawil estime que le théâtre ne lui a pas apporté de grandes retombées financières de la part de l'État (hormis le droit d'auteur qu'il perçoit du BGDA), il reconnaît avoir gagné une immense popularité : "Partout où je passe, je draine de la foule derrière moi. Ce nom d'acteur 'M. Pino' est devenu courant et a remplacé mon véritable nom. La popularité est grandissante à travers ce nom, et je suis fier de comprendre, que j'ai joué un rôle important dans le développement de la culture guinéenne."

Cette reconnaissance a atteint les plus hautes sphères de l'État, comme en témoigne sa rencontre avec le Président de la transition qui lui a confié avoir été bercé par ses œuvres durant sa jeunesse.

Un appel en faveur de la culture guinéenne

À 76 ans, Chebly Hawil continue de plaider pour la valorisation de la culture guinéenne et le soutien aux artistes. "Nous sommes des bibliothèques, qui continuent de brûler dans le désert. Nous sommes des oubliés dans ce pays, pendant que la Guinée m'a vu naître et j'ai vu la Guinée évoluer", déplore-t-il.

Il lance un appel solennel aux autorités : "Je prie le chef de l'État, le Général Mamady Doumbouya, et l'ensemble de son Gouvernement de nous assister, de nous aider, afin de pouvoir continuer à participer au développement de la culture guinéenne. Il ne faut pas refuser le sucre, parce que le paquet est vilain. Et c'est dans les vieilles marmites, où sortent les douces sauces."

À la jeune génération d'artistes, il conseille de rester fidèle à leurs racines : "S'habiller guinéen, danser guinéen, consommer guinéen étaient des vertus inébranlables chez le Guinéen de cette autre époque. Soudez-vous à votre culture, exploitez judicieusement ce qui se trouve dans vos mains, au lieu d'aller chercher ailleurs, ce qui ne vous appartient pas."

Malgré son âge avancé, Monsieur PINO affiche toujours une bonne santé qu'il attribue à son mode de vie équilibré : "À cet âge, je gère bien mon manger, je me nourris du naturel pour conserver la bonne santé. Je vis du poisson frais, fumé et beaucoup de légumes."

Figure incontournable du patrimoine culturel guinéen, Chebly Hawil alias Monsieur PINO continue d'incarner la mémoire vivante du théâtre national et reste une source d'inspiration pour les générations futures d'artistes.