
Djékoria Mory Kanté est un guitariste et arrangeur guinéen exceptionnel, né en 1972 à Mana Farabana dans une famille de griots. Son parcours musical impressionnant inclut une formation traditionnelle au balafon et à la guitare, suivie d'une carrière internationale marquée par sa collaboration légendaire avec Mory Djély Deen Kouyaté et son travail avec des artistes comme Tiken Jah Fakoly et Mory Kanté.
Virtuose respecté pour sa discipline personnelle et son talent musical inné, il représente parfaitement la synthèse entre tradition mandingue et musique contemporaine, ayant porté la guitare mandingue sur les scènes du monde entier avant de retourner en Guinée en 2020 où il continue son travail musical.
Introduction
Djékoria Mory Kanté est l'un des guitaristes et arrangeurs les plus talentueux de la scène musicale guinéenne. Né en 1972 à Mana Farabana, dans la sous-préfecture de Mana Mamouroudou (Kankan), il est issu d'une lignée de griots tant du côté paternel que maternel. Son parcours musical exceptionnel, construit entre tradition et modernité, illustre parfaitement le riche héritage culturel mandingue de la Guinée.
Origine et famille
Fils de feu Babou et de feue Djékoria Diabaté, Djékoria Mory est né dans un environnement où la musique était omniprésente. Son père, célèbre guitariste et chanteur reconnu dans sa région, lui a transmis cette passion dès son plus jeune âge. Son nom même est un hommage à son grand-père maternel, Famoro Konkoba, un grand joueur de balafon qui vivait à Tokounou.
Bien que son oncle Djénèbô Kanté ait tenté de le scolariser, le destin musical de Djékoria Mory s'est rapidement imposé. Après seulement trois années d'école primaire, il a quitté les bancs pour se consacrer à l'apprentissage du balafon auprès de son grand-père de 1980 à 1982, puis de la guitare avec son oncle non-voyant, Djènè Djomba, surnommé "Jo Ballard", un guitariste renommé à Tokounou.
Début de carrière
En août 1989, Djékoria Mory arrive à Conakry chez son oncle Djénèbô Kanté, au quartier Coleah, où il poursuit son apprentissage de la guitare. Dans la capitale, il a l'opportunité d'étudier auprès de grands maîtres comme Djessou Mory Kanté (futur guitariste de Salif Keita) et Papa Diabaté, fils de feu El Hadj Sidikiba Diabaté, dont il fut le dernier élève.
L'année 1990 marque un tournant décisif dans sa carrière lorsqu'il rencontre Mory Djély Deen Kouyaté, qui venait de rentrer de Paris. Cette rencontre, facilitée par les liens d'amitié qui existaient entre son père et Mory Djély, va donner naissance à une collaboration musicale exceptionnelle et à une amitié indéfectible. Malgré les réticences initiales de sa famille, Djékoria Mory choisit de suivre Mory Djély, devenant son guitariste attitré.
La complicité entre Djékoria Mory et Mory Djély Deen Kouyaté dépasse largement le cadre professionnel. Ensemble, ils forment un duo d'une rare symbiose musicale. Djékoria Mory explique cette relation particulière : "Sur scène, il se passait une rivalité entre nous, qu'il matérialisait en ces termes : 'N'toma ici c'est toi Kèmè Bourema, qui arrange tout, et moi je suis Samory qui commande tout'".
Leur premier album enregistré au studio JBZ à Abidjan, comprenant les titres "Gnarigbassa", "Djélikè dondon", "ATT" (Amadou Toumany Touré), "Rougui Baldé" et "Dalo Kanté", révèle déjà le talent de Djékoria Mory comme guitariste solo. Ils collaborent ensuite sur plusieurs autres albums, dont celui dédié à Harouna Conté en 1995, et un dernier réalisé en collaboration avec Jean Philippe Rykiel entre 2013 et 2014.
Parcours international
Le talent de Djékoria Mory Kanté le conduit bien au-delà des frontières guinéennes. En Côte d'Ivoire, il travaille avec la chanteuse malienne Ami Koita, le groupe ivoirien "AKE" et le célèbre reggaeman Tiken Jah Fakoly pour son album "Le Balayeur balayé". Il réside près d'un an à Abidjan pour la maison de production CDS de Mamadou Cellou Diallo, arrangeant les albums de nombreux artistes de l'écurie.
En 2003, il part en tournée aux États-Unis avec Amadou "accordéon" Barry, où il reste deux ans. Il y travaille avec le joueur de kora Mamadou Diabaté alias "Djélikè Dian" et arrange deux albums, dont celui d'Abdoulaye Diabaté, frère de feu Kassé Mady Diabaté.
Son parcours le mène ensuite en France en 2007, où il s'installe pendant plus de dix ans. C'est là qu'il intègre le groupe du "griot électrique" Mory Kanté en tant que guitariste soliste, remplaçant un musicien européen. Cette expérience marque une nouvelle étape dans sa carrière : "C'est le haut niveau dans ce groupe, et ce n'est pas facile de s'adapter au rythme de travail. Il y a de la rigueur, du savoir-faire, du professionnalisme, rien n'est laissé au hasard."
Avec Mory Kanté, il participe à deux albums, "La Guinéenne" et un album traditionnel produit par un Américain, et se produit sur les scènes du monde entier.
Retour aux sources
En février 2020, Djékoria Mory rentre en Guinée pour être aux côtés de sa mère malade, qui décède peu après son arrivée. Depuis son retour, il a rejoint le groupe "Allalakê International", créé par son oncle El hadj Mamady Sidimé "Capi", tout en poursuivant ses activités d'arrangeur musical.
Héritage musical
Au-delà de ses talents de guitariste et d'arrangeur, Djékoria Mory Kanté se distingue par sa discipline personnelle et son approche respectueuse de la musique. N'ayant "jamais fumé, ni touché à l'alcool", il attribue ses capacités musicales exceptionnelles à "l'esprit tranquille, une écoute attentive, une oreille musicale développée, et une mémoire fidèle".
Sa vision de la musique reflète profondément ses racines griotiques : "Nous sommes des griots, donc nés dans la musique. Plusieurs parmi nous n'ont pas fait cette école classique de musique. Rassurez-vous que la musique est innée en nous, et c'est dans le sang."
Le parcours de Djékoria Mory Kanté illustre parfaitement la richesse et la vitalité de la tradition musicale mandingue, tout en démontrant sa capacité à s'adapter et à évoluer dans différents contextes musicaux internationaux. Son histoire est celle d'un gardien de la tradition qui a su porter la guitare mandingue sur les scènes du monde entier, aux côtés des plus grands noms de la musique africaine contemporaine.