Hadja Mandioula Sylla est la mère du Général Mamadi Doumbouya, président de la transition en République de Guinée depuis le coup d'État du 5 septembre 2021. Native du quartier Bananköröda à Kankan, dans l'est du pays, cette femme discrète et pieuse a longtemps mené une vie de ménagère dévouée à sa famille et à sa communauté, épouse de feu Karifala Doumbouya décédé en 1996. Propulsée sous les feux de l'actualité lors de l'accession de son fils au pouvoir, elle est apparue à ses côtés lors de sa prestation de serment le 1er octobre 2021, avant de s'imposer progressivement comme une figure sociale de premier plan, surnommée affectueusement « Maman Nationale » par les Guinéens.
Fidèle à ses valeurs d'entraide et de solidarité, elle multiplie les actions humanitaires à Kankan : don de vivres aux journalistes durant le ramadan, financement d'une trentaine de forages dans les quartiers défavorisés pour l'accès à l'eau potable, ou encore don de 500 kits de césarienne à l'hôpital régional de Kankan pour lutter contre la mortalité maternelle.
Introduction
Discrète, pieuse et profondément enracinée dans les valeurs de sa communauté, Hadja Mandioula Sylla est une femme dont le destin a basculé le 5 septembre 2021, lorsque son fils, le Colonel — aujourd'hui Général — Mamadi Doumbouya, a pris la tête de la Guinée à la suite d'un coup d'État mettant fin au régime d'Alpha Condé. Depuis ce jour, cette ménagère de Kankan est devenue, malgré elle peut-être, une figure publique que les Guinéens ont appris à connaître et à respecter sous le titre affectueux de « Maman Nationale ».
Une femme de Kankan, entre discrétion et foi
Hadja Mandioula Sylla est originaire de Bananköröda, l'un des quartiers historiques de Kankan, ville située dans la partie est de la Guinée. C'est dans la concession familiale de ce quartier, connu comme l'une des quatre portes de la commune urbaine de Kankan, qu'elle a élevé ses enfants, dont Mamadi Doumbouya, né le 5 décembre 1984 de son union avec feu Karifala Doumbouya, décédé en 1996.
Femme au foyer dévouée, elle a toujours vécu à l'écart des projecteurs, pleinement investie dans la vie sociale de son quartier. Ceux qui la connaissent la décrivent comme une femme de prière, profondément attachée à sa foi musulmane et à sa famille. Après l'ascension fulgurante de son fils à la tête de l'État, c'est d'ailleurs cette même sérénité spirituelle qu'elle a affichée face aux caméras et aux journalistes venus envahir sa concession : « Je prie Dieu qu'il protège tous les fils de ce pays et qu'il aide mon fils dans sa mission pour que le peuple de Guinée le porte dans son cœur », avait-elle simplement déclaré.
Une présence historique à la prestation de serment
Le 1er octobre 2021, Hadja Mandioula Sylla a vécu un moment que peu de mères connaissent. Elle était aux côtés de son fils lors de sa prestation de serment au Palais des Nations à Conakry — une première dans sa vie, selon les observateurs de la scène politique guinéenne. Cette image a frappé les esprits : un chef d'État qui, avant de se proclamer dirigeant, se présente d'abord comme fils, entouré de sa mère et de son épouse. Pour beaucoup de Guinéens, ce geste symbolique a incarné une forme d'humilité et d'ancrage humain rarement affiché dans les cercles du pouvoir africain.
L'écrivain et analyste Amadou Diouldé Diallo, ému par cette scène, l'a d'ailleurs comparée aux grandes figures maternelles de l'histoire guinéenne, comme Hadja Mafoudia Camara, mère du Général Lansana Conté, ou maman Jeanne de Kissidougou, mère du Général Sékouba Konaté. Des femmes de l'ombre dont les prières et l'amour ont accompagné des hommes de destin.
Un engagement social au service des plus vulnérables
Si Hadja Mandioula Sylla a longtemps vécu dans l'anonymat, son statut de mère du chef de l'État lui a offert une tribune qu'elle semble avoir choisie de mettre au service des plus démunis. Ses actions de terrain à Kankan témoignent d'un engagement sincère envers les populations locales.
En mars 2024, à l'occasion du mois saint du ramadan, elle a offert 51 sacs de riz et 20 sacs de sucre à l'association des journalistes de Kankan, un geste salué comme un « ouf de soulagement » par les acteurs de la presse locale traversant une période difficile.
En juillet 2025, elle a lancé un ambitieux programme de forages dans les quartiers défavorisés de Kankan. Plus d'une trentaine de points d'eau ont été financés, dont dix déjà fonctionnels lors d'une première phase réalisée avec l'appui technique de la Direction Régionale du SNAPE. Des centaines de familles bénéficient désormais d'un accès à l'eau potable, et les témoignages des résidents sont éloquents. « La Maman Nationale ne nous a pas oubliés. Grâce à elle, nos enfants boivent enfin une eau propre », confie une habitante du quartier Salamani.
Quelques jours plus tard, le 24 juillet 2025, elle faisait don de 500 kits de césarienne au service maternité de l'Hôpital Régional de Kankan, un acte fort dans un pays où la mortalité maternelle reste une préoccupation sanitaire majeure.
Une figure interpellée par les crises politiques
Le statut particulier de Hadja Mandioula Sylla — mère d'un chef d'État tout-puissant, mais femme du peuple, accessible et ancrée dans sa communauté — l'a aussi exposée aux appels désespérés de ceux que le pouvoir de son fils broie. En décembre 2024, les épouses de militants arrêtés, Foniké Mengué et Billo Bah, lui ont adressé une lettre ouverte poignante, l'implorant d'intervenir auprès de son fils pour obtenir la libération de leurs maris détenus dans des conditions inconnues. Une interpellation qui dit beaucoup du rôle moral que les Guinéens attribuent à cette femme, convaincus qu'elle garde une influence sur le général.
Hadja Mandioula Sylla incarne ainsi une figure complexe et touchante de la Guinée contemporaine : celle d'une mère ordinaire propulsée dans l'extraordinaire, qui choisit, dans ce rôle inattendu, de rester proche de son peuple.